NATHALIE RASSEM

Située au centre du pays, Mongo fait face depuis plusieurs années à une crise de l’eau. Les infrastructures de la Société tchadienne des Eaux (STE), installées en 1996, sont aujourd’hui dépassées par la croissance démographique.

Devenues vétustes, ces installations connaissent des pannes fréquentes et peinent à répondre à la demande croissante. Au secteur 4, comme dans plusieurs quartiers, les habitants dépendent en grande partie de forages privés. Mais même ces alternatives ne suffisent pas. Les files d’attente s’allongent, particulièrement en période de forte chaleur.

Tom Adam Teguil, chef du centre d’exploitation, dresse un constat sans équivoque. « Certains forages ont taris, d’autres fonctionnent difficilement. Nous ne parvenons pas à satisfaire toute la population. » Souligne-t-il

La province du Gera n’est la seule confrontée à cette crise d’eau.  D’après les statistiques officielles, 63,5 % des Tchadiens ont accès à l’eau potable. Un chiffre qui masque toutefois de fortes inégalités. Dans Sila, le wadi fira, le salamat et le lac… la taux d’accès à l’eau oscille entre 10 à 21%. Le gouvernement tchadien a adopté plusieurs cadres stratégiques, dont le schéma directeur de l’eau et de l’assainissement de 2003 et la politique nationale de l’eau mais les défis persistent. Selon Nour Saleh Agar, secrétaire général du ministère de l’Eau et de l’Énergie, le manque de financement, les contraintes hydrogéologiques et la faible coordination entre les acteurs sont des freins pour l’expansion du réseau national d’adduction d’eau. 

l’ONG Water for Chad estime, pour sa part, que les ressources en eau sont à la fois rares, sous pression et parfois contaminées, dans un pays au climat semi-aride.

Des alternatives insuffisantes et risquées

Face aux défaillances du réseau public, de nombreux habitants se tournent vers des solutions individuelles. Des forages privés se multiplient, tandis que d’autres continuent d’utiliser des puits traditionnels. C’est le cas de Nadingar Ngaryalom Philemon, qui a investi dans un forage domestique ici à N’Djamena dans le 7e arrondissement de la capitale. «  Nous parcourons 300 à 400 mètres pour en trouver. C’est ce qui m’a motivé à installer un forage malgré son coût élevé. » Confit-il. 

Cette solution pose une autre problématique : la qualité de l’eau. Selon l’expert hydro-géophysicien Parfait Ndilnodji Ndakas, tous les forages ne garantissent pas une eau potable. « De nombreux forages ne respectent pas les normes techniques, ce qui expose l’eau à des risques de contamination. Sans analyses physico-chimiques et bactériologiques, cette eau ne peut être considérée comme potable ». Il recommande le respect d’une distance minimale de 10 mètres entre forage et fosses septiques ; d’éviter les forages peu profonds, moins de 50 mètres ; de sécuriser les installations avec une dalle et d’effectuer des analyses régulières de l’eau.